Près de Lens. Amputé après un accident du travail, Maxime se bat pour retrouver sa vie d’avant

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La vie de Maxime Pannequin a basculé le 26 septembre dernier à Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais). Alors qu’il était en poste à l’usine de métallerie SMCI, le jeune homme de 23 ans a été victime d’un terrible accident du travail et a été amputé d’une partie de sa main gauche.

La solution pour Maxime : une prothèse américaine très onéreuse

« Un de mes gants a été en contact avec la machine et ma main a été emportée. Tout était arraché, les médecins de SOS Mains n’ont rien pu faire. Ma main gauche a été amputée au niveau de la première phalange », souffle-t-il. 

Aujourd’hui en arrêt de travail depuis des mois, le Vendinois se bat pour retrouver sa vie d’avant.

Un objectif qu’il pourrait atteindre grâce à une prothèse américaine appelée Naked. Celle-ci lui permettrait de récupérer l’usage quasi total de sa main, de reprendre son activité professionnelle et de ré-adopter les gestes du quotidien. 

La main de Maxime a été amputée jusqu'à la première phalange. Une prothèse américaine très coûteuse lui permettrait de retrouver sa vie d'avant.
La main de Maxime a été amputée jusqu’à la première phalange. Une prothèse américaine très coûteuse lui permettrait de retrouver sa vie d’avant. ©DR

« C’est une prothèse mécanique en titane qui fonctionne avec l’articulation de la première phalange. Elle est immunisée à la poussière et à l’eau, je pourrais donc retrouver mon poste. J’aime mon métier et j’ai envie de retravailler », souligne Maxime. Malheureusement, elle coûte extrêmement cher, 60 000 euros, et n’est pas remboursée par la sécurité sociale. Une autre prothèse l’est mais n’est pas adaptée aux besoins du jeune ouvrier.

« On ne comprend pas pourquoi ils remboursent une prothèse et pas l’autre. Il y a un véritable sentiment d’injustice. On est dans un cul-de-sac. »

Laurent et Corinne, les parents de Maxime.

Suite à cet accident du travail, un procès a été engagé contre le patron du Vendinois. « Ce n’est pas contre lui, c’est pour le déclenchement de l’assurance. Si on arrive à aller au bout, on pourrait peut-être avoir les fonds pour acheter la prothèse », ajoute le père. 

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Mais un procès comme celui-ci prend du temps, environ 4 à 5 ans. « Les soins de Maxime sont terminés, mais comme il n’a pas de prothèse, le centre de rééducation ne peut pas l’accueillir. On ne peut pas attendre 5 ans comme ça. » 

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À 23 ans, Maxime n’a donc plus de travail et apprend à vivre avec une main amputée au jour le jour. « Les dommages psychologiques sont énormes. Mon fils a longtemps broyé du noir. Même nous, ses parents, avons pris un sacré coup au moral », déplorent-ils. 

Une cagnotte lancée au mois de janvier 

Face à cette montagne financière qui semble hors d’atteinte, la famille Pannequin a décidé de créer une association appelée Prothèse For Max. Une cagnotte en ligne a également été lancée, elle culmine actuellement à 2104 euros.  « On crie au secours et on a envie qu’on nous entende. On espère que la situation va se débloquer car, aujourd’hui, on est dans l’impasse. » 

Pour faire un don à Maxime, cliquez sur le lien de la cagnotte ici. 

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Maladies et accidents professionnels : la négligence des entreprises françaises

“Nous ne pouvons pas nous satisfaire de la sinistralité actuelle en matière d’accidents du travail et de maladies professionnelles en France.” C’est ainsi que plusieurs syndicats alertaient fin avril le Ministère du Travail dans une lettre ouverte. Les chiffres sont en effet accablants. En France, deux personnes meurent chaque jour sur leur lieu de travail, comme l’a rappelé la mort il y a quelques jours d’un ouvrier sur l’un des chantiers des Jeux Olympiques.

Près de 600 000 personnes sont victimes chaque année d’un accident du travail, ou sont reconnus en situation de maladie d’origine professionnelle. Avec de tels chiffres, la France fait plutôt figure de mauvais élève en Europe. Face à cette hécatombe, les employeurs ont l’obligation juridique de prendre “les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs”. Pourtant, un grand nombre d’entreprises françaises sont encore très en retard en matière de prévention santé au travail.

Le nombre de maladies professionnelles a doublé en 20 ans en France

Dernièrement, une étude menée par la DARES, rattachée au Ministère du Travail, montrait par exemple que moins d’une entreprise sur deux en France dispose d’une version à jour de leur Document Unique d’Evaluation des Risques (DUER), un document légalement obligatoire, supposé lister l’ensemble des risques physiques ou psychosociaux auxquels sont soumis les salariés de l’entreprise. A peine deux entreprises sur trois ont mis en place au moins une action de prévention des risques de sécurité ou de santé au sein de leurs effectifs durant les 12 derniers mois. Et seulement “43 % des dirigeants indiquent avoir mis en place au sein de leur entreprise une politique globale de prévention en matière de santé au travail,” selon l’Observatoire de la santé au travail. Un rapport de l’Assurance Maladie notait même de la part de certains employeurs “des comportements de dissimulation des accidents du travail et des maladies professionnelles, voire des phénomènes de pression sur certaines victimes afin qu’elles ne déclarent pas leur pathologie.”

En France, l’ampleur du problème en matière de santé et de sécurité est aujourd’hui telle que les salariés souffrent plus que leurs voisins européens de troubles musculo-squelettiques, de pathologies psychiques, et sont plus exposés aux risques. “Ce qui est frappant, c’est que les Français rapportent davantage d’exposition à la plupart des risques, mais ils disposent aussi de moins de ressources pour y faire face,” commente Agnès Parent-Thirion, directrice de recherche à la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail (Eurofound).

En matière d’accidents mortels liés au travail, la France affiche ainsi “un niveau deux fois supérieur à la moyenne européenne (1,7 accident mortel pour 100 000 personnes en emploi) et plus de quatre fois supérieur à celui de l’Allemagne (0,8) ou des Pays-Bas (0,5)” rappelle ainsi le baromètre annuel de l’Observatoire de la Santé au Travail. Et la situation ne s’améliore pas : ces deux dernières décennies, le nombre de maladies professionnelles reconnues par l’Assurance Maladie a plus que doublé, malgré les difficultés des procédures.

Une culture de la “hâte”

Pour les sociologues Corinne Gaudart et Serge Volkoff  l’organisation du travail et le management sont souvent à la source du retard français sur le sujet. Ils décrivent ainsi l’émergence d’une culture de la “hâte” dans le travail soit “la multiplication des urgences plus ou moins légitimes, le cumul de contraintes de temps de divers types, les interruptions incessantes, voire l’obligation de réaliser plusieurs tâches à la fois ; les journées et semaines, avec notamment les horaires décalés, morcelés…” Encouragée par un management qui priorise la productivité à court terme, la hâte devient le quotidien des salariés, au point qu’en France, un travailleur sur deux déclare travailler dans l’urgence selon les études Eurofound sur les conditions de travail. Ainsi mis sous tension et sous pression, les salariés sont plus exposés au risque d’accident, de négligence ou d’usure physique et psychologique. Or, à peine 8% des entreprises françaises incluent l’organisation du travail dans leurs politiques de prévention, selon la Dares.

La dégradation du dialogue social en France explique aussi en partie les mauvais résultats du pays. Les différents baromètres sur le sujet, à l’image du rapport publié par le CESE en 2023 sur le monde du travail, montrent que les employeurs français sont moins enclins que leurs voisins à accorder à leurs salariés des ressources et de l’attention pour renforcer le dialogue social. Or, l’écoute et la concertation sont deux leviers essentiels pour identifier et prévenir les risques professionnels. En outre, les réglementations successives ces dernières années ont largement contribué à affaiblir les instances représentatives du personnel, qui sont donc moins à même de constituer un relais de la prévention santé sur le terrain. C’est d’ailleurs l’une des revendications des syndicats, qui ont invité le gouvernement à “s’interroger urgemment sur les limites d’une politique diminuant les pouvoirs des représentant.es du personnel, particulièrement sur cette question de la santé, sécurité et des conditions de travail.” A l’heure où Gabriel Attal entendait lancer une “grande initiative” sur la sécurité au travail, reste à savoir si ces demandes seront entendues.

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Accidents du travail : pourquoi demeurent-ils encore aussi peu visibles

Depuis 1996, on commémore chaque année dans le monde et en France, les personnes décédées en lien avec leur travail ou activité professionnelle. Partout sur la planète, manifestations, reportages et interviews mettent en avant, le 28 avril, les drames de celles et ceux qui « perdent leur vie à la gagner ». À l’échelle mondiale, l’Organisation internationale du travail estime le nombre de décès liés au travail à près de deux millions chaque année.

En France, si la baisse des accidents du travail a été continue et importante depuis les années d’après-guerre, avec un indice de fréquence qui est passé de 118 accidents pour 1000 salariés en 1955 à 38 en 2008, on constate une stagnation depuis dix ans aux environs de 34. Selon les dernières données publiées en 2022 par l’Assurance maladie, le secteur privé dénombre plus de 560 000 accidents du travail suivis d’un arrêt de travail, soit plus de 10 700 par semaine en moyenne. Parmi ces accidents, près de 35 000 ont laissé aux salariés des séquelles physiques jugées indemnisables.


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Cette même année, 738 salariés ont perdu la vie dans un accident du travail (hors accidents de trajet), ce qui fait, en moyenne, 14 par semaine, soit 2 morts par jour en comptant les week-ends.

Or, ces chiffres sont en deçà de la réalité puisque ne sont pas comptés ici les travailleurs relevant d’autres régimes (agriculteurs relevant de la MSA,fonction publique, marins…), ni les auto-entrepreneurs et autres non-salariés.

Certes, les médias relayent les accidents survenus sur des chantiers emblématiques : on pense à ceux du Grand Paris Express, des prochains Jeux olympiques à Paris en 2024 ou encore la construction des infrastructures pour le Mondial de football au Qatar.

Plus localement, les travaux des métros toulousain ou rennais ont aussi remis en lumière des conditions détériorées menant à ces accidents.

Mais globalement, l’ampleur du phénomène demeure mal ou peu documentée, et non questionnée au regard des enjeux soulevés au plan du travail et de son organisation.

Des risques inégaux et divers selon les secteurs

Au-delà du fait divers et du registre dramatique ou fataliste souvent employé, il importe de rappeler que les accidents du travail ne sont pas « accidentels », mais sont un fait social : par leur ampleur, on l’a rappelé, mais aussi par les régularités observées et les logiques sociales et institutionnelles qui viennent les éclairer.

Les statistiques publiées pour le régime général de la Sécurité sociale montrent, de manière renouvelée chaque année, que le risque de se blesser au travail ou d’y perdre la vie est très inégalement réparti selon les secteurs et les catégories de travailleurs.

Le secteur de l’intérim, ceux des industries agro-alimentaires, des transports, du BTP et de la santé-nettoyage sont les plus touchés. Les ouvriers, qui représentent aujourd’hui moins de 20 % de la population active (Insee), subissent à eux seuls plus de deux accidents avec arrêt sur trois.

Structurellement davantage représentés dans ce groupe professionnel, les hommes sont davantage exposés au risque d’avoir un accident du travail. Une analyse genrée des statistiques de sinistralité révèle cependant une hausse significative des accidents pour les femmes, en particulier dans le secteur médico-social, comprenant notamment les services d’aides à la personne.

Comprendre les statistiques des accidents

Les statistiques publiées par l’Assurance maladie sur les circonstances des accidents suivent la méthodologie européenne Seat III. Celle-ci catégorise des risques dans des ordres de grandeur comparables. On identifie ainsi des accidents ayant entraîné au moins 4 jours d’arrêt :

  • « manutention manuelle » (50 %)

  • « chutes de plain-pied » (15 %)

  • « chutes de hauteur » (12,5 %)

  • « l’outillage à main » (9 %).

Ces données ne disent rien de la façon dont sont survenus les accidents. Des enquêtes et des analyses fines sont alors utiles et nécessaires, et peuvent être menées en interne, ou par l’inspection du travail, des organismes de prévention, la Carsat (Caisse d’assurance retraite et de la santé au travail).

Complémentaire de ces sources, je propose une approche sociologique des accidents du travail, à partir de plusieurs enquêtes rassemblées dans un ouvrage récemment paru. Fondées sur l’analyse de plus de 200 accidents du travail relatés au fils d’entretiens longs (de 1h30 à 3h) menés auprès d’accidentés du travail dans différents secteurs, mes enquêtes ont mis en évidence des récurrences. Ces récurrences pointent des caractéristiques d’organisation du travail et de l’emploi qui se révèlent coûteuses en termes de risques pour la santé des travailleurs.

Des modèles organisationnels délétères

L’organisation de la production en flux tendus, la réactivité à la demande du client, l’urgence ou le sous-effectif permanent produisent une intensification du travail. Ce « modèle de hâte » empêche la possibilité pour chacun de concilier, au niveau des modes opératoires, les exigences propres à la tâche et une stratégie de préservation de sa santé.

Ainsi l’urgence est constante dans le supermarché où travaille Hervé, un enquêté :

« On travaille toujours dans l’urgence. Dès 4 heures, heure d’embauche, tout est urgent. On travaille souvent dans des délais serrés. Il faut qu’à 8h30 le [magasin ouvre à 9 heures] le rayon soit le plus propre possible. »

Hervé a eu deux accidents du travail dans cette grande surface en cinq ans. Dans le bâtiment, la pression sur les délais de chantier est récurrente dans les récits d’accidents. Dans celui de la distribution, l’envers de la société du clic exigeant la livraison de colis dans des délais toujours plus courts se traduit par de nombreux accidents du travail.

La gravité de blessures contractées par des salariés obligés de se presser a parfois entraîné des arrêts de travail de plus de 6 mois.

Le gain de temps obtenu par des délais serrés et une urgence organisée est à questionner sous l’angle du temps perdu, en espérance de vie sans incapacité, pour des salariés gravement accidentés qui en gardent des séquelles. La production sociale de handicaps dus au travail, mais aussi les ruptures professionnelles consécutives à la survenue de l’accident posent en creux l’enjeu d’une soutenabilité du travail tout au long de la carrière et de la place faite sur le marché de l’emploi aux personnes fragilisées dans leur santé.

« C’était ça ou la porte »

Les travailleurs intérimaires et les jeunes (qui peuvent être les mêmes) connaissant le plus fort taux d’accidents du travail. En France, l’Observatoire des inégalités rappelle que la précarité de l’emploi (CDD, intérim, apprentissage) augmente, et touche aujourd’hui plus d’un jeune sur deux entre 15 et 24 ans.

Plusieurs récits recueillis dans mes enquêtes ont mis en évidence le lien entre fragilité de statut d’emploi et prises de risques obligées chez des jeunes travailleurs peu ou faiblement qualifiés : « C’était ça ou la porte ! », indique ainsi un jeune manœuvre embauché sur un chantier. Ceci fait écho au drame récent relaté dans la presse d’un jeune intérimaire mort dans le cadre de son travail pour l’entreprise Décathlon.

En outre, il faut noter que la précarité de statut d’emploi, qui peut se trouver corrélé à une fragilité de position de l’entreprise dans le cas de la sous-traitance, rime souvent avec une absence de syndicalisation et une moindre intégration au sein d’un collectif de travail, pourtant essentiel dans la transmission de savoir-faire de prudence acquis par l’expérience, comme Damien Cru l’a montré dans le secteur du BTP.

Si la formation initiale en santé et sécurité au travail est indispensable, il importe de rappeler que l’attention doit aussi se porter sur l’organisation du travail et sur le respect de l’obligation de sécurité des employeurs.

Vers une mobilisation nouvelle

On observe depuis peu une plus forte attention au phénomène. Le travail de recensement et d’alerte du professeur d’histoire-géographie Mathieu Lépine, la constitution et la mobilisation d’un collectif de familles de victimes, des dossiers spéciaux dans la presse contribuent à rappeler l’actualité des accidents du travail. On peut aussi citer le travail de l’association « Cordistes en colère, cordistes solidaires ».

Les politiques publiques s’emparent aussi de cette question, avec l’élaboration d’un Plan pour la prévention des accidents du travail graves et mortels ciblant notamment les salariés les plus vulnérables (jeunes, intérimaires).

Ce plan marquera-t-il un réel tournant pour une prise de conscience des enjeux de prévention, de santé au travail ? Cela induit aussi une meilleure prise en compte de la justice sociale dans les relations et l’organisation du travail.

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Social Accidents du travail : la France a-t-elle toujours le pire bilan en Europe

Elle dénonce une « hécatombe » et réclame une loi pour y mettre fin : la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet assure que la France « détient le record d’Europe » du nombre d’accidents mortels au travail.

« Hécatombe »

Invitée sur LCI jeudi dernier, Sophie Binet a détaillé : « Chaque jour, quatre salariés meurent de leur travail ou sur leur lieu de travail. Et le problème c’est que ces chiffres augmentent depuis 5 ans. […] Si on regarde seulement les morts au travail, c’est 789 dans l’année, ça veut dire plus de deux par jour. […] Cette hécatombe dont la France détient le record en Europe, elle pourrait être évitée », a-t-elle affirmé.

« Record européen » ? Ce n’est plus le cas… mais depuis peu : en 2019, la France détenait encore ce triste record. Mais elle reste très mal classée, et demeure bonne dernière si l’on considère l’ensemble des accidents du travail – mortels ou non. En revanche, si les critères tendent à converger, certains pays sont soupçonnés de sous-déclarer ces accidents.

Accidents mortels : la France parmi les moins bons élèves

Dans le détail, selon les dernières données disponibles d’Eurostat, portant sur l’année 2021, la France a enregistré en moyenne 3,32 décès pour 100 000 travailleurs, soit un peu moins que le trio de tête (Lettonie : 4,29, Lituanie : 3,75, Malte : 3,34). Mais très loin de la moyenne de l’UE à 27 (1,76) et des « meilleurs » élèves, comme la Grèce (0,58) ou les Pays-Bas (0,33). A noter que le classement Eurostat inclut quelques autres pays n’appartenant pas à l’Union européenne, comme la Suisse.

Pour l’Hexagone, l’Assurance maladie a ainsi recensé 645 décès au travail en 2021 et encore 738 en 2022 – des années difficiles à comparer compte tenu de la pandémie de Covid-19. Mais cela correspond environ au chiffre de deux décès par jour en incluant – comme le fait la Sécu – les suicides sur le lieu de travail, les malaises, etc. 

Plus d’accidents en France qu’ailleurs

En revanche la France reste bien à la dernière place du « classement » si l’on considère l’ensemble des accidents du travail – et pas seulement ceux ayant abouti à la mort du travailleur : avec plus de 3 300 accidents pour 100 000 travailleurs, elle figure devant la Suisse (hors-UE), le Portugal, l’Espagne et le Danemark.

Selon les données 2022 de l’Assurance maladie, plus de 560 000 accidents avec arrêt de travail ou incapacité ont été enregistrés dans l’Hexagone.

Attention toutefois : Eurostat comptabilise les jours perdus (4 ou plus), et aboutit à un chiffre moindre de 447 000 accidents pour la France. Mais l’intérêt est d’obtenir des données comparables d’un pays à l’autre, avec des données équivalentes. 

Un indicateur standardisé… mais imparfait

Depuis 1998, l’Organisation internationale du travail tend à faire converger les critères de déclaration et de recensement des accidents du travail, rappelle l’OCDE.

Ainsi, des différences peuvent subsister en cas de malaise ou de blessure qui n’aurait pas été « directement » en lien avec l’activité professionnelle. De même, les accidents survenus sur le trajet domicile-travail sont exclus des statistiques européennes pour l’ensemble des pays – d’où une partie de la différence entre les chiffres français et les données européennes, par exemple.

Mais c’est surtout l’aspect légal et financier qui risque d’influencer les chiffres : selon l’observatoire Eurogip, des travailleurs et/ou employeurs sous-déclareraient les accidents du travail, au motif qu’il n’y a pas de prise en charge spécifique dans ce cas. Dans certains pays, Eurostat observe donc une « sous-couverture » – avec des secteurs d’activité ou des types d’emplois exclus des statistiques.

Des problèmes toutefois connus d’Eurostat, qui pondère ses données « pour produire un taux d’incidence global standardisé », comme détaillé dans sa méthodologie. 

Des comparaisons délicates

Même les évolutions peuvent être difficiles à appréhender : la Grèce a ainsi rectifié son comptage en 2016, ce qui a abouti à une très forte baisse du nombre de déclarations. Dans le même temps, des dérogations en vigueur pour plusieurs Etats ont pris fin, avec « un effet significatif sur les données concernant les accidents du travail » pour 2014. En France par exemple, « cela a conduit à une augmentation apparente substantielle du nombre d’accidents enregistrés par rapport à 2013 ».

La pandémie de Covid-19 a, enfin, rendu difficiles les comparaisons sur ces dernières années : le chômage partiel de nombreux travailleurs a conduit à une baisse sensible des accidents.

Sur une durée plus longue, l’Assurance maladie constate bien une diminution du nombre d’accidents : plus de 750 000 au début des années 2000, contre 600 000 ces dernières années. Mais les syndicats constatent également que, depuis, ce chiffre ne diminue plus… et contribue à maintenir la France en bas de classement. En effet, dans la plupart des autres pays de l’Union européenne, la baisse se poursuit.

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Accidents du travail : en 2023, 661 personnes sont mortes en France sur leur lieu de travail

Publié le 29/04/2024 09:21

Durée de la vidéo : 2 min

Le 28 avril est la journée mondiale de la sécurité au travail. La France est mauvaise élève avec plus de deux morts par jour. Samedi 27 avril, a eu lieu un hommage à un ouvrier d’origine malienne, décédé sur un chantier parisien.
Accidents du travail : 661 personnes sont décédées en 2023 Le 28 avril est la journée mondiale de la sécurité au travail. La France est mauvaise élève avec plus de deux morts par jour. Samedi 27 avril, a eu lieu un hommage à un ouvrier d’origine malienne, décédé sur un chantier parisien. (franceinfo)

En 2023, deux personnes sont mortes chaque jour dans le cadre de leur activité professionnelle en France. Samedi 27 avril, un hommage a été rendu à un ouvrier d’origine malienne, décédé sur un chantier des Jeux olympiques, à Paris.

Une minute de silence pour ne pas l’oublier. Amara Dioumassy, ouvrier de 51 ans, est décédé l’an dernier sur un chantier des Jeux olympiques de Paris. Sa famille réclame reconnaissance et justice. Selon ses collègues, leur employeur serait responsable en partie de cet accident. Comme lui, en 2023, 661 personnes sont décédées sur leur lieu de travail. Pour la CGT, il faut une loi pour mettre fin à l’hécatombe et renforcer les normes de sécurité au travail. 

En Normandie, l’avis d’Emmanuel Fammery, salarié dans la logistique, a basculé il y a 10 ans. Un chariot élévateur lui roule sur la jambe, il doit être amputé. Cet accident aurait pu être évité selon lui. « Mon patron n’a pas vérifié si les chariots étaient conformes, il n’y avait pas d’avertisseur sonore pour la mise en route », explique-t-il. Cette défaillance a été reconnue par le tribunal du Havre (Seine-Maritime), et son employeur a été condamné pour faute inexcusable. 

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Le gouvernement attendu au tournant sur la prévention des accidents du travail

Le gouvernement est attendu au tournant sur sa stratégie en matière de prévention des accidents du travail. Alors que la ministre du Travail retrouve lundi les partenaires sociaux pour échanger sur le sujet, les syndicats ont uni leurs voix pour demander un renforcement des moyens et des effectifs consacrés à cette politique de prévention et de contrôles.

Dans un courrier adressé le 24 avril à la ministre du Travail, Catherine Vautrin, les cinq syndicats représentatifs (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC) ainsi que l’Unsa, Solidaires et FSU demandent à l’exécutif d’agir « prioritairement pour prévenir les atteintes à la santé des travailleurs » mais aussi d’« améliorer la réparation » des préjudices de ce type.

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Accidents du travail : 661 personnes sont décédées en 2023

Publié le 28/04/2024 22:07

Durée de la vidéo : 2 min

Le 28 avril est la journée mondiale de la sécurité au travail. La France est mauvaise élève avec plus de deux morts par jour. Samedi 27 avril, a eu lieu un hommage à un ouvrier d’origine malienne, décédé sur un chantier parisien.
Accidents du travail : 661 personnes sont décédées en 2023 Le 28 avril est la journée mondiale de la sécurité au travail. La France est mauvaise élève avec plus de deux morts par jour. Samedi 27 avril, a eu lieu un hommage à un ouvrier d’origine malienne, décédé sur un chantier parisien. (franceinfo)

Le 28 avril est la journée mondiale de la sécurité au travail. La France est mauvaise élève avec plus de deux morts par jour. Samedi 27 avril, a eu lieu un hommage à un ouvrier d’origine malienne, décédé sur un chantier parisien.

Une minute de silence pour ne pas l’oublier. Amara Dioumassy, ouvrier de 51 ans, est décédé l’an dernier sur un chantier des Jeux olympiques de Paris. Sa famille réclame reconnaissance et justice. Selon ses collègues, leur employeur serait responsable en partie de cet accident. Comme lui en 2023, 661 personnes sont décédées sur leur lieu de travail. Pour la CGT, il faut une loi pour mettre fin à l’hécatombe et renforcer les normes de sécurité au travail. 

En Normandie, l’avis d’Emmanuel Fammery, salarié dans la logistique, a basculé il y a 10 ans. Un chariot élévateur lui roule sur la jambe, il doit être amputé. Cet accident aurait pu être évité selon lui. « Mon patron n’a pas vérifié si les chariots étaient conformes, il n’y avait pas d’avertisseur sonore pour la mise en route », explique-t-il. Cette défaillance a été reconnue par le tribunal du Havre (Seine-Maritime), et son employeur a été condamné pour faute inexcusable. 

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Santé Accidents du travail : où en est-on en France et en Rhône-Alpes

Comme un symbole. Devant le bassin d’Austerlitz où il a perdu la vie, une cérémonie célèbre la mémoire d’Amara Dioumassy, chef d’équipe d’origine malienne victime collatérale des travaux d’aménagement des Jeux olympiques. Nous sommes samedi 27 avril. Le lendemain, ce dimanche 28 avril, le monde entier fête la journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail. Sur les seuls chantiers olympiques de Paris 2024, au total, 181 accidents du travail ont été recensés, dont 31 graves, selon la société de livraison des ouvrages olympiques.

Il faut dire qu’en matière de risques professionnels, la France fait partie des mauvais élèves européens. Dans l’Hexagone, on compte proportionnellement près de deux fois plus d’accidents du travail mortels qu’en Espagne et quatre fois plus qu’en Allemagne. C’est simple, même si tous les pays ne comptabilisent pas exactement de la même façon ces accidents, dans l’Union européenne, seules la Lettonie, la Lituanie et Malte font pire.

Au total, 738 personnes ont eu un accident du travail mortel dans le secteur privé français en 2022, hors agriculture, trajets et maladies. Soit une tous les deux jours en moyenne.

Six principaux secteurs à risque

En Auvergne-Rhône-Alpes, 1983 accidents graves dont 83 mortels ont été recensés en 2021 (derniers chiffres connus), sans toutefois qu’une définition soit trouvée pour délimiter les cas sélectionnés. Cela représente en moyenne un taux d’un accident de ce type pour 1 235 salariés. Un tiers des personnes touchées sont des femmes.

Forcément, certains secteurs totalisent une part de sinistres particulièrement importante. Selon la direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités Auvergne-Rhône-Alpes (DREETS), six secteurs, regroupant 31 % des salariés de la région, représentent 50 % des accidents. Il s’agit des constructions spécialisées, des services aux entreprises tels que l’intérim, du commerce de détail, des transports terrestres, de l’hébergement social et du commerce de gros.

Peu de disparités entre les régions

Au-delà des cas les plus graves, l’Assurance maladie totalise 744 000 accidents du travail. Un chiffre en baisse de 6,7 % par rapport à l’année 2021, auquel s’ajoutent 123 000 accidents de trajet et 67 000 maladies professionnelles.

Et concernant la répartition sur le territoire ? Trouve-t-on des disparités ? À première vue, la zone couverte par la caisse d’assurance maladie Rhône-Alpes semble particulièrement concernée. Avec plus de 66 000 accidents du travail ayant donné lieu à une réparation en 2022, elle est la deuxième à en avoir connu le plus, certes loin derrière l’Île-de-France. Pourtant, comparativement à son nombre total de salariés, cette analyse ne la fait pas particulièrement sortir du lot.

Avec 30 accidents du travail en moyenne pour 1 000 salariés, la caisse Rhône-Alpes rentre dans la norme. Ce taux semble d’ailleurs stable pour toutes les caisses régionales, en-dehors des départements et régions d’outre-mer (DROM), où il est particulièrement bas, et du Languedoc-Roussillon, où il se détache légèrement. La preuve, s’il en fallait une, que la cause de survenue des accidents du travail ne semble pas géographique.

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TEMOIGNAGE. « J’en veux à mon employeur » : rescapé d’un accident du travail, Emmanuel doit vivre avec une jambe en moins

Dimanche 28 avril 2024 est la journée internationale de la santé et de la sécurité au travail. Mais dès jeudi dernier, la CGT s’est mobilisée partout en France pour dénoncer la multiplication des accidents du travail dans notre pays ces dernières années. À cette occasion, nous avons rencontré Emmanuel Famery qui a dû être amputé d’une jambe après un accident du travail.

En France, deux personnes meurent chaque jour à cause d’un accident du travail. La Seine-Maritime est le département qui a enregistré le plus grand nombre d’accidents du travail mortel entre 2019 et 2022.

Pour Emmanuel Famery, l’accident s’est produit en 2014, le 24 mars. Une date à jamais gravée dans son histoire, qui chaque année lui rappelle ce terrible accident. « À la date anniversaire de mon accident, je ressens les douleurs de l’accident. Et ça fait 10 ans ! « .

Âgé de 48 ans à l’époque, il travaillait depuis neuf ans dans une entreprise de logistique près de Lillebonne.« Je faisais du picking, c’est-à-dire qu’on prélevait des colis sur les palettes, et on gérait les préparations de commande ».

« Un matin, il n’y a plus le colis sur les palettes. Je vais chercher la personne qui gère le réapprovisionnement. Je le vois, je descends sur 8 ou 10 mètres tout en l’appelant. Cette personne discutait avec une autre personne dans une autre allée. Il ne m’entend pas. J’arrive à proximité de lui et je l’appelle. Il se retourne et il redémarre. Ma jambe gauche passe entièrement sous son chariot. Il s’est arrêté au niveau du milieu du tibia« .

Terrassé par la peur, son collègue ne bouge pas. Par un coup de force, Emmanuel réussit à pousser l’engin et à libérer sa jambe : « le gars était complètement désespéré, c’est même moi qui l’ai consolé. »

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Emmanuel n’en veut pas à son collègue, même si ce dernier est resté au même poste et a provoqué d’autres accidents, certes moins graves que le sien. Pour lui, le problème réside dans un matériel non conforme.

Il déplore les contrôles irréguliers de ces engins. « Il y avait énormément de défauts sur le chariot ». Mais pas assez d’avertisseurs sonores à en croire Emmanuel.

Une défaillance reconnue par le tribunal du Havre. Son patron a été condamné pour faute inexcusable. Ce dramatique accident aura permis d’équiper les chariots de détecteurs sonores, avec activation d’une lumière à l’approche d’une personne.

Après trois années en arrêt pour accident de travail, Emmanuel sera licencié. Son patron ne lui a pas proposé de reclassement, ce qui a également été reconnu comme une faute par le tribunal des prud’hommes.

« J’ai eu énormément de visites de collègues », reconnaît-il. Son ancien patron et la Directrice des Ressources Humaines lui ont confié qu’une telle solidarité ne s’était jamais vue. Un soutien bienvenu mais pas suffisant. « J‘en veux encore à cette entreprise, mais beaucoup moins qu’avant. Il faut que j’arrive à travailler sur moi-même pour pouvoir tourner la page ».

Un tel accident bouleverse toute l’existence. »Toute ma vie a changé : j’ai été hospitalisé pendant trois ans, j’ai dû être en fauteuil roulant. Je ne peux plus faire de moto, je ne peux plus faire de sport du tout ». Emmanuel a pris 25 kilos et subit les maladies liées à son surpoids : diabète, hypertension, apnée du sommeil.

« Je suis beaucoup moins libre qu’avant. À 20h, je suis obligé d’enlever ma prothèse parce que je ne la supporte plus. Donc je suis couché, je ne peux plus rien faire ! La vie sociale est diminuée, je ne peux pas sortir le soir avec ma femme comme on le faisait avant. On allait se promener, on ne regarde plus la télé ensemble le soir . » Emmanuel regrette aussi d’avoir perdu pratiquement tous ses amis.

Dans ma tête, j’ai encore énormément de problèmes, je n’ai pas tourné la page. Je pense que je ne la tournerai jamais : le matin quand je mets ma prothèse, je pense à mon accident et le soir aussi quand je l’enlève.

Emmanuel Famery, victime d’un accident du travail

Les douleurs fantômes lui rappellent également l’accident. « Même si on m’a installé un stimulateur au niveau de la colonne qui diminue mes douleurs entre 50 et 40 %. Et puis je sais que je finirai ma vie dans un fauteuil roulant.« 

Dans un premier temps, Emmanuel a été opéré du pied. Puis il a été atteint par des maladies nosocomiales au niveau des 496 agrafes qui lui avaient été posées après 10 heures d’opération.
La douleur était si intense la première année, qu’il a lui même demandé à être amputé jusqu’au genou.

Sa demande n’a été acceptée par les médecins qu’à la quatrième commission médicale. « Je leur ai expliqué mon quotidien. Au bout du compte j’aurais perdu ma jambe, je voulais juste accélérer les choses. Lors de mon réveil après l’opération, j’en ai pleuré de soulagement. Ça a été une libération. »

Emmanuel tient aussi à remercier le travail de la fondation Hopale qui l’a aidé à trouver une prothèse adaptée à sa lésion.

Cet été, Emmanuel et sa femme vont renouveler leurs vœux, « pour tourner la page de cet accident. Dire voilà, il y a eu ça, maintenant il faut vivre avec. On va repartir tranquillement et sereinement. C’est ma femme qui m’a sauvé la vie. Elle a tout porté sur ses épaules. C’est l’amour de ma vie, sans elle, je ne serai plus là. J’ai eu des moments de doute, d’idées très noires et si elle n’était pas là je ne serai plus là ».

L’épreuve et les combats ont été immenses pour son épouse aussi, qui est devenue aidante du jour au lendemain. Les trois enfants du couple ne s’en sont pas sortis indemnes non plus. L’aîné n’arrive pas à travailler de peur qu’il lui arrive la même chose. Son deuxième fils a très vite quitté la maison, ne supportant plus la douleur de son père. Enfin, sa fille est toujours suivie par un psychiatre et un psychologue.

Sur le tatouage de sa prothèse, figure le visage d’une femme avec un doigt sur la bouche pour rappeler aux gens de se taire lorsqu’ils ne savent pas. Une horloge figure également avec l’heure de l’accident, amplifiée par une brisure.

Des symboles représentés également sur l’avant-bras droit d’Emmanuel: « ça a été une évidence pour moi ces tatouages. Ces évènements sont gravés à vie. C’est mon histoire« .

Et près du poignet figure le mot POWER, représentant la force dont ont fait preuve Emmanuel et sa famille.

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L’accident d’un salarié suspendu peut être un accident du travail

Publié le : 26/04/2024 26 avril avr. 04 2024

La salariée ayant fait un malaise devant une instance appelée à se prononcer sur une sanction disciplinaire se trouvait, nonobstant la suspension de son contrat de travail, sous la dépendance et l’autorité de son employeur, lequel devait déclarer cet accident à la Caisse primaire d’assurance maladie. 

C’est la solution qui a été retenue par la Chambre sociale de la Cour de cassation, s’agissant d’une employée de La Poste, en arrêt maladie depuis un mois, ayant été victime d’un malaise à l’occasion de sa comparution devant une commission consultative paritaire, dont le rôle était de donner son avis sur le projet de licenciement de cette salariée pour faute. 

La Haute Juridiction a ainsi considéré qu’un tel malaise, pourtant intervenu pendant une période de suspension du contrat de travail, relevait de la qualification d’accident du travail. 

Pour se prononcer en ce sens, la Cour de cassation a estimé que la salariée en question, se trouvait, au moment de son malaise, sous la dépendance et l’autorité de son employeur, lequel devait donc en conséquence « déclarer cet accident à la caisse primaire d’assurance maladie dont relevait la salariée, quel que soit son opinion sur les causes de l’accident ». 

Cet arrêt inédit, rendu le 14 février dernier par la Chambre sociale (Cour de cassation, chambre sociale, 14 février 2024, n°22-18.798), nous amène à nous interroger à nouveau sur la notion d’accident du travail, la frontière entre ce qui doit faire l’objet d’une déclaration auprès de la Caisse, et ce qui ne le doit pas étant souvent ténue, avec comme enjeu de cette distinction, une potentielle exposition de l’employeur à des sanctions pécuniaires, telles que le remboursement à la CPAM des frais engendrés par l’accident, ainsi qu’une amende. 

C’est l’article L. 441-2 du Code de la sécurité sociale qui définit l’accident du travail, comme « l’accident survenu par le fait ou à l’occasion du travail », et ce quelle qu’en soit la cause. 
La caractérisation d’un tel accident suppose donc un fait accidentel, ayant résulté en des lésions physiques ou psychiques chez le salarié, lesquelles doivent être constatées médicalement, et un lien de causalité avec le travail, caractérisé par un lien de subordination avec l’employeur. 

C’est précisément sur l’existence de ce lien de causalité que tient l’argumentation de la Chambre sociale, laquelle a considéré que la salariée se trouvait sous la dépendance et l’autorité de son employeur, en raison de sa convocation, dans les locaux de l’entreprise, devant une commission sensée se prononcer sur son  éventuel licenciement pour faute, comme l’exige la procédure pour les agents de La Poste. 

Cette solution sera bien entendu transposable au cas du salarié qui serait victime d’un accident du travail à l’occasion de son entretien préalable de licenciement. 

L’enjeu ici n’est donc pas tant la qualification de l’accident du travail, que l’obligation déclarative de l’employeur qui, s’il a des doutes sur le caractère professionnel de cet accident, devra les exprimer dans une lettre de réserve adressée à la CPAM, sans toutefois pouvoir sur ce fondement, refuser de procéder à cette déclaration. 

Cet article n’engage que son auteur.

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