« Malheureusement, rien ne me rendra ma vie d’avant » : les jambes brisées, Nicolas se soigne encore deux ans après son accident du travail

l’essentiel En avril 2024, Nicolas Pinton a été victime d’un accident du travail à Seysses, sur une sablière où il venait déposer des gravats. Cinq opérations plus tard, la justice vient de reconnaître les fautes qui ont provoqué son accident. Mais la reconstruction de ce jeune grand-père reste un combat quotidien.

« Les chirurgiens m’avaient prévenu que je risquais des complications. Je crois que j’ai coché toutes les cases. » Nicolas Pinton essaye de sourire, mais le cœur n’y est pas. « C’est dur. Sans aide, sans soutien, je ne peux toujours pas marcher. » Quand nous l’avions rencontré, en juin 2024, dans sa chambre du Cabirol, à Colomiers, ce chauffeur professionnel soignait ses graves blessures aux jambes. Il rêvait de son jardin et de ses petits-enfants.

« Mes quatre petits-enfants passent me voir régulièrement. C’est important », confie dans un sourire ce jeune grand-père de 57 ans. En revanche, il soigne son jardin de loin. « Je n’ai plus la mobilité nécessaire », regrette ce spécialiste poids lourd, victime d’un accident du travail le matin du 18 avril 2024, dans une sablière à Seysses, près de Toulouse. Le dossier vient d’être jugé par le tribunal correctionnel de Toulouse.

Cinq opérations et toujours des soins

Devant les juges, le chauffeur qui conduisait le gros engin de chantier qui a percuté Nicolas, bloqué contre l’arrière de son camion, a reconnu son erreur : « J’ai merdé… J’ai reculé trop vite. À cause du soleil, je ne voyais pas la caméra. Je n’ai pas entendu les alarmes. Et puis, ce matin-là, il y avait beaucoup de camions. »

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La victime, déjà passée cinq fois sur la table d’opération, n’a pas assisté à l’audience. « Trop dur », confie cet homme, trop souvent cloué sur son fauteuil. « Je continue de travailler avec mon kiné trois fois par semaine. Je suis aussi suivi par un psy. C’est impossible d’effacer tout ça, difficile même d’accepter. » Le soutien sans faille de son épouse et de sa famille n’apaise ni ses douleurs ni la perte de sa vie d’avant.

« Est-ce que je pourrai retravailler un jour ? Je ne le crois pas. Courir comme je le faisais deux à trois fois par semaine, encore moins. Je fais un peu de vélo. C’est bon pour mes jambes, mais… » La phrase reste en suspens, à l’image d’un espoir qui s’éloigne, jour après jour. Sa dernière opération, pour une greffe sur son fémur fracturé, n’a pas fonctionné. « Elle n’a pas pris. Je suis un peu maffré, je crois. » Nicolas s’attend donc à devoir repasser « encore » sur la table d’opération.

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La condamnation de son ancien employeur, en liquidation depuis, et du gérant de la carrière constitue un pis-aller. « Les responsabilités ont été reconnues. Pour mes futures indemnités, qui ne seront sans doute pas fixées avant un an, c’est important. Cela aidera mon quotidien et celui de ma famille. Mais, malheureusement, rien ne me rendra ma vie d’avant. »

Les sociétés condamnées : des amendes et pas d’appel

« Outre son combat médical pour essayer de retrouver la marche, notre client doit mener une bataille judiciaire, longue et difficile, confie Me Alexandre Martin, l’avocat qui accompagne Nicolas avec Me Emmanuelle Franck. La condamnation de ceux qui l’ont fait travailler des conditions d’insécurité qui ont entraîné ce terrible accident, constitue une première étape dans ce combat judiciaire. »

L’ancien employeur du chauffeur, un transporteur en liquidation, a été condamné à l’euro symbolique. La sablière, dont le responsable a reconnu lors de l’audience « avoir entièrement revu l’organisation et la sécurité du site », a été condamnée à trois amendes de 5 000 euros. Défendue par Me Etienne Durand-Raucher, cette société n’a pas fait appel de la décision du tribunal correctionnel.

Il reste maintenant à fixer les indemnités dont doit bénéficier Nicolas Piton. Comme l’avaient réclamés Mes Franck et Martin, le tribunal a demandé une expertise judiciaire et les juges ont fixé une première provision de 50 000 euros. L’audience sur les intérêts civils, celle où la justice fixera les indemnités définitives, est programmée en février 2027. « Un long combat judiciaire », répète Me Martin.

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