
Le procès devant la 5ᵉ chambre correctionnelle du tribunal judiciaire d’Évry-Courcouronnes, le mardi 8 septembre 2026, s’annonçait très technique.
Les juges devaient établir les responsabilités des blessures involontaires occasionnées à l’encontre de deux ouvriers intérimaires sur le chantier de réalisation d’un tunnel de la ligne 14 du métro à Morangis (Essonne).
Au final, cette audience s’est avérée beaucoup plus humaine grâce au témoignage des deux victimes, dont la vie professionnelle a été stoppée net dans la nuit du 28 février 2020.
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Deux doigts amputés pour l’un, une main écrasée pour l’autre
Ce soir-là, il est 3 h 20 du matin. Youcef H. et Walid N., deux ouvriers mineurs-projeteurs, s’escriment au pied d’une pelleteuse hydraulique, descendue dans le tunnel, pour poser des structures métalliques très complexes.
C’est un travail à haut risque qui nécessite de grandes précautions. Cette nuit-là, ils sont sous les ordres d’un chef de chantier, « un vieux de la vieille », qui ne s’embarrasse pas trop des règles de sécurité.
L’engin de levage patine, des sangles sont enlevées, et les modules en acier s’écrasent sur les mains de Youcef H. et Walid N. Le premier perd deux doigts, la main du deuxième est écrasée. « On aurait pu y laisser un bras », témoigne Youcef H. à la barre du tribunal.
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« On se tait, on exécute, dans l’espoir vague de signer un CDI »
L’inspecteur du travail chargé d’enquêter sur les circonstances de l’accident pointe du doigt l’encadrement, l’absence de précautions et le mode opératoire utilisé avec un engin incapable de supporter le poids des structures à déplacer.
« Notre métier, c’est un travail de force. Je l’exerce depuis que j’ai 18 ans. Nous sommes venus de Bourgoin-Jallieu pour travailler sur les chantiers du Grand Paris Express. Nous étions très bien payés, c’est pour cela que nous avons accepté ces tâches à hauts risques. Nous sommes intérimaires. On enchaîne les contrats temporaires. On se tait, on exécute, dans l’espoir vague de signer un CDI », déroule Youcef H.
Et de poursuivre : « De toute façon, on ne nous demande pas notre avis. On voyait bien que cela ne passerait pas. Mais les travaux de la foreuse recommençaient à 6 h du matin. Il fallait terminer coûte que coûte », poursuit l’homme de 39 ans, la main droite toujours dans une attelle avec ses deux doigts amputés.
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Le chef de chantier absent de l’audience pour raisons médicales
Ensuite, ce père de famille évoque sa vie, ses cauchemars, son impossibilité de retrouver un travail, ses douleurs permanentes, ses greffes qui ont échoué, sa vie sociale en loques : « Ma vie est un calvaire depuis cet accident », résume-t-il.
Youcef H. et Walid N. auraient souhaité que le chef de chantier soit présent lors de l’audience. Aujourd’hui à la retraite, il a produit un certificat médical qui rendait sa présence incompatible avec l’audience.
Seule la responsable du chantier, une ingénieure en génie civil, est venue s’expliquer, assise sur le banc des prévenus. Très émue, encore marquée par cet accident, elle a fait face à ses responsabilités.
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De lourdes amendes requises à l’encontre des trois prévenus
Youcef H. comme Walid N. ne l’ont pas accablée, malgré leurs souffrances, toujours aussi présentes, six ans après l’accident. En revanche, les ouvriers intérimaires n’ont pas eu la même bienveillance à l’égard du chef de chantier. « Il travaillait à la bourrin », ont-ils répété.
Leur avocate, maître Sophie Portailler, a mis en cause l’entreprise Webuild pour ses manques manifestes dans cette opération : « Elle a fait des économies sur le dos de la sécurité et mes clients en paient toujours aujourd’hui le prix fort. »
Le procureur de la République, Stéphane Le Tallec, a réclamé de lourdes amendes à l’encontre des trois prévenus : 25 000 euros pour la conductrice de travaux, 20 000 euros pour le chef de chantier et 50 000 euros pour la société Webuild. Le jugement sera rendu le 20 octobre prochain.
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