
Le constructeur automobile Renault a donné l’ordre, le géant de l’énergie Engie a piloté le marché et la petite société prestataire LGMT, pour laquelle travaille le manutentionnaire, exécute.
Durant l’opération, face au mastodonte d’acier, la théorie des plans de prévention se heurte à une dangereuse improvisation : l’équipe ne disposant pas du chariot automoteur prévu, elle utilise alors deux transpalettes manuels, totalement inadaptés.
En franchissant une simple marche de trois centimètres, la charge bascule et ensevelit le travailleur.
« Il a vu le transformateur lui arriver dessus, il l’a senti. »
Derrière les discussions très techniques sur la coordination durant l’opération, l’audience a ravivé la brutale réalité de ce qu’a subi la victime. L’avocat des parties civiles, Matthieu Juglar, a fustigé la tendance des entreprises prévenues à « se renvoyer la balle ». Il a déploré l’absence totale de remords de Renault et Engie, ainsi que la chaise vide laissée par le patron de LGMT.
Le pénaliste a rappelé le sort de cet homme « qui se contentait d’exécuter ce qu’on lui disait ». S’appuyant sur les constatations médicales, il a évoqué « le torse béant, les viscères pulvérisés par cet engin », soulignant devant les juges que « ce dossier c’est ça, c’est cette horreur-là », sans pour autant charger une partie précise.
« Totalement inanimé »
L’ouvrier est resté coincé une dizaine de minutes sous l’acier, le temps que ses collègues cherchent désespérément de l’aide.
« Il a vu le transformateur lui arriver dessus, il l’a senti », a affirmé Me Juglar, décrivant une lente agonie. « La victime essaye de respirer, de soulever sa poitrine, c’est impossible. » Plaidant un « préjudice d’angoisse de mort imminente », il a demandé « une réparation à la hauteur » pour la famille du défunt.
Une analyse contestée par la défense de Renault, soucieuse de limiter l’indemnisation de ce préjudice spécifique. Me Vincent Caron, son conseil, s’est appuyé sur les premiers témoignages pour affirmer que la victime n’avait pas souffert.
« Encore faut-il que la victime ait été consciente. La réalité, c’est qu’il était totalement inanimé dès qu’il s’est retrouvé sous la charge », a-t-il argué. « Il n’a jamais été dit par ses collègues qu’il respirait ».
Ce drame illustre les périls d’une forte dilution des responsabilités. Comment un chantier a-t-il pu dévier de son plan initial sans qu’aucun responsable ne l’interrompe ?
Sur le banc des prévenus, les avocats d’Engie et de Renault ont insisté sur l’initiative malheureuse du sous-traitant. Ils ont affirmé que le gérant de LGMT était passé outre les consignes d’arrêt, tandis que la législation n’imposait pas aux donneurs d’ordre d’être présents pour contrôler l’exécution.
« On se retrouve dans une situation où, en réalité, on a une faute exclusive de la société LGMT et de son gérant », a plaidé Me Thomas Humbert, l’avocat d’Engie.
18 mois de prison avec sursis requis
À l’issue des débats, estimant que chaque maillon avait failli, le ministère public a demandé que tout le monde soit condamné pour homicide involontaire et manquements aux règles d’hygiène et de sécurité au travail.
Le procureur a notamment requis 18 mois de prison avec sursis pour homicide involontaire et 20.000 euros d’amende contre Jérémy-Lewis Delitte, le patron de LGMT. Des amendes de 100.000 euros ont été réclamées contre sa société LGMT et contre Engie, ainsi que 80.000 euros pour Renault.
La décision sera rendue le 26 mai.
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