{"id":461,"date":"2024-06-17T11:52:00","date_gmt":"2024-06-17T09:52:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.accidentdutravail-idf.net\/blog\/au-moins-157-morts-au-travail-entre-janvier-et-avril-pourquoi-2024-est-deja-une-annee-noire\/"},"modified":"2024-06-17T11:52:00","modified_gmt":"2024-06-17T09:52:00","slug":"au-moins-157-morts-au-travail-entre-janvier-et-avril-pourquoi-2024-est-deja-une-annee-noire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.accidentdutravail-idf.net\/blog\/au-moins-157-morts-au-travail-entre-janvier-et-avril-pourquoi-2024-est-deja-une-annee-noire\/","title":{"rendered":"Au moins 157 morts au travail entre janvier et avril : pourquoi 2024 est d\u00e9j\u00e0 une ann\u00e9e noire"},"content":{"rendered":"
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Il est 13 h 30 quand les pompiers retrouvent le corps sans vie d\u2019un chauffeur de poids lourd dans l\u2019Aisne enferm\u00e9 dans son habitacle. Cet homme de 56 ans incarne la 139e<\/sup> mort au travail affich\u00e9 par le compteur de l\u2019Humanit\u00e9<\/em><\/a>depuis le 1er<\/sup> janvier 2024. <\/p>\n

Ce d\u00e9compte s\u2019appuie sur le recensement que tient inlassablement Matthieu L\u00e9pine sur X<\/a>. Accident apr\u00e8s accident, ce professeur de g\u00e9ographie tente depuis plusieurs ann\u00e9es de mettre un nom, une histoire, un visage<\/a> sur celles et ceux qui ne sont jamais rentr\u00e9s de leur journ\u00e9e de travail.<\/p>\n

Cette ann\u00e9e, l\u2019\u00ab h\u00e9catombe invisible \u00bb<\/a> risque d\u2019\u00eatre pire que celle annonc\u00e9e. \u00ab Cela me para\u00eet \u00e9vident, vu qu\u2019il n\u2019y a malheureusement pas un article \u00e0 chaque fois qu\u2019il y a un d\u00e9c\u00e8s \u00bb,<\/em> devance ce Montreuillois dont la veille minutieuse se base sur des coupures de presse. <\/p>\n

Pourquoi de telles diff\u00e9rences entre le d\u00e9compte de la S\u00e9cu et celui de la Direction g\u00e9n\u00e9rale du travail ? <\/h2>\n

Les synth\u00e8ses mensuelles internes de la direction g\u00e9n\u00e9rale du travail (DGT) auxquelles l\u2019Humanit\u00e9 <\/em>a eu acc\u00e8s font \u00e9tat d\u2019au moins 157 accidents mortels entre janvier et avril (contact\u00e9e, la DGT n\u2019a pas r\u00e9pondu \u00e0 nos questions). Sans surprise, l\u2019industrie manufacturi\u00e8re et la construction demeurent, les plus accidentog\u00e8nes.<\/p>\n

Ces relev\u00e9s de la DGT, qui reposent sur les signalements aux inspecteurs du travail, sont s\u00fbrement eux aussi en dessous de la r\u00e9alit\u00e9. Rien qu\u2019en 2023, la note mentionne 400 accidents mortels. L\u2019assurance-maladie, qui enregistre les d\u00e9clarations officielles d\u2019accidents, ne rendra publiques les donn\u00e9es concernant 2023 qu\u2019en janvier prochain. <\/p>\n

Les derniers chiffres disponibles s\u2019\u00e9l\u00e8vent \u00e0 738 d\u00e9c\u00e8s en 2022. Mais, pour avoir une id\u00e9e du nombre de vies vol\u00e9es par le boulot en un an, il faut ajouter les accidents de trajet (286) ainsi que les maladies professionnelles (203), r\u00e9pertori\u00e9s aussi par la S\u00e9curit\u00e9 sociale. Et encore, c\u2019est sans compter les agriculteurs inscrits \u00e0 la MSA, ni les travailleurs ind\u00e9pendants ou les fonctionnaires, dont l\u2019accidentalit\u00e9 demeure opaque.<\/p>\n

En recoupant diff\u00e9rentes donn\u00e9es, le m\u00e9dia Politis<\/em><\/a> aboutissait au chiffre de 903 en 2022. Or, sur cette ann\u00e9e-l\u00e0, l\u2019inspection du travail n\u2019en compte que le tiers (331). Et elle semble prendre en compte ceux ayant eu lieu dans l\u2019enseignement ou dans \u00ab l\u2019administration publique \u00bb sans qu\u2019on ne sache r\u00e9ellement \u00e0 quoi correspondent ces cat\u00e9gories. <\/p>\n

Pourquoi une telle diff\u00e9rence entre la comptabilit\u00e9 de la S\u00e9cu et celle de la DGT ? Interrog\u00e9 sur ce point, Simon Picou ne se l\u2019explique pas. \u00ab Il arrive qu\u2019un d\u00e9c\u00e8s sur un chantier soit camoufl\u00e9 mais, si les pompiers et la police interviennent, on finit quand m\u00eame par le savoir \u00bb,<\/em> s\u2019\u00e9tonne le repr\u00e9sentant CGT des inspecteurs du travail. D\u2019autant qu\u2019un d\u00e9cret de 2023 oblige l\u2019employeur \u00e0 pr\u00e9venir l\u2019inspection dans les douze heures suivant le dernier souffle du salari\u00e9.<\/p>\n

Malgr\u00e9 ce diff\u00e9rentiel, les 157 morts collect\u00e9es en 2024 par le minist\u00e8re du Travail dessinent une tendance notable par rapport aux ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes. Sur les quatre premiers mois, la synth\u00e8se d\u00e9nombre 113 d\u00e9c\u00e8s en 2023, 101 en 2022 et 112 en 2021. Soit environ 30 \u00e0 50 d\u00e9c\u00e8s en moins que cette ann\u00e9e en cours. Dans son recensement, Matthieu L\u00e9pine, lui, ne trouve pas \u00ab d\u2019\u00e9volution majeure \u00bb<\/em> entre ces p\u00e9riodes : \u00ab Cela ne veut pas dire grand-chose puisque je reste totalement tributaire du travail en amont des m\u00e9dias. \u00bb<\/em><\/p>\n

\u00ab On n\u2019a pas pu s\u2019emp\u00eacher de faire le lien avec les jeux Olympiques \u00bb<\/h2>\n

Reste que les notes mensuelles fournies par leur direction sont venues confirmer l\u2019inqui\u00e9tude de certains inspecteurs du travail. \u00ab D\u00e8s les premiers mois, on \u00e9tait sur une s\u00e9rie noire. Un coll\u00e8gue qui n\u2019en a jamais eu \u00e0 g\u00e9rer s\u2019est trouv\u00e9 confront\u00e9 \u00e0 deux accidents mortels en d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e \u00bb<\/em>, illustre un fonctionnaire francilien, qui lui-m\u00eame a d\u00fb se rendre au chevet d\u2019un ouvrier enseveli en janvier. <\/p>\n

\u00ab C\u2019est un \u00e9v\u00e9nement lourd, en g\u00e9n\u00e9ral on s\u2019y d\u00e9place \u00e0 deux coll\u00e8gues. Les chefs descendent nous voir pour nous pr\u00e9venir, tout le service est au courant. C\u2019est vrai qu\u2019on s\u2019est fait la r\u00e9flexion qu\u2019il y avait un truc anormal \u00bb<\/em>, poursuit-il. Selon nos informations, en \u00cele-de-France, 14 d\u00e9c\u00e8s ont eu lieu de janvier \u00e0 mars, dont l\u2019un sur les travaux du Grand Paris. Soit 12 % des 157 d\u00e9c\u00e8s du pays. Et pr\u00e8s de la moiti\u00e9 de ces d\u00e9c\u00e8s franciliens ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9s en Seine-Saint-Denis, o\u00f9 de nombreuses grues rythment le paysage.<\/p>\n

De quoi animer les discussions dans cette union d\u00e9partementale de la Drietts (direction r\u00e9gionale de l\u2019\u00e9conomie, de l\u2019emploi, du travail et des solidarit\u00e9s). \u00ab On n\u2019a pas pu s\u2019emp\u00eacher de faire le lien avec les jeux Olympiques \u00bb<\/em>, confie un agent. Difficile de v\u00e9rifier cette hypoth\u00e8se bas\u00e9e sur les \u00e9chos de plusieurs chefs de travaux qui auraient acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 les cadences en vue de l\u2019\u00e9v\u00e9nement sportif, dont plusieurs sites se trouvent en banlieue parisienne. <\/p>\n

Des restrictions de chantier y sont en effet pr\u00e9vues du 15 juin au 15 septembre, voire jusqu\u2019au 30 septembre apr\u00e8s les paralympiques. \u00ab Quand bien m\u00eame certains chantiers ne seraient pas ferm\u00e9s<\/em>, avertissent plusieurs inspecteurs, la circulation des camions pour acheminer les mat\u00e9riaux ou le d\u00e9placement des salari\u00e9s seront limit\u00e9s. \u00bb<\/em> Selon les m\u00e9dias sp\u00e9cialis\u00e9s, les entreprises sont cens\u00e9es avoir anticip\u00e9, mais le flou demeure autour de la mise en application des consignes.<\/p>\n

Officiellement, la pr\u00e9paration de Paris 2024 n\u2019a \u00f4t\u00e9 la vie de personne\u2026<\/h2>\n

95 % des ouvrages estampill\u00e9s JO sont aujourd\u2019hui termin\u00e9s. Des tribunes temporaires d\u2019accueil du public sont en voie d\u2019installation. \u00c0 peine commenc\u00e9s, certains montages ont \u00e9t\u00e9 suspendus en mars dernier pour \u00ab danger grave et imminent de chute de hauteur \u00bb<\/em>. Officiellement, la pr\u00e9paration de Paris 2024 n\u2019a \u00f4t\u00e9 la vie de personne. Officiellement, celle d\u2019Amara Dioumassy a \u00e9t\u00e9 fauch\u00e9e le soir du 16 juin 2023, dans le quartier de la gare d\u2019Austerlitz, sur un ouvrage command\u00e9 par la Ville de Paris. <\/p>\n

Dans les faits, ce p\u00e8re de famille travaillait sur le chantier du collecteur d\u2019eaux us\u00e9es participant \u00e0 l\u2019assainissement de la Seine, o\u00f9 les \u00e9preuves de natation en eau vive et de triathlon sont cens\u00e9es se disputer. Ses soutiens militent pour qu\u2019une plaque comm\u00e9morative soit pos\u00e9e en son honneur. Quant au chantier du Grand Paris Express, au moins sept personnes y ont perdu leur vie en tentant de la gagner.<\/p>\n

\u00ab \u00c9videmment, l\u2019obligation de respecter les d\u00e9lais des jeux Olympiques fait boule de neige sur l\u2019ensemble des autres activit\u00e9s \u00bb,<\/em> r\u00e9sume Marie Martin. Depuis 2014, cette juriste \u00e0 la f\u00e9d\u00e9ration CGT de la construction suit les dossiers d\u2019accidents mortels pour lesquels l\u2019organisation se constitue partie civile et fournit une aide juridique et du soutien psychologique des familles endeuill\u00e9es. <\/p>\n

D\u00e9j\u00e0 six sont en cours pour 2024. Le double par rapport \u00e0 l\u2019an dernier. \u00ab C\u2019est plus qu\u2019avant mais on re\u00e7oit davantage de signalements qu\u2019avant, de la part de familles, de militants ou de contr\u00f4leurs. Notre d\u00e9marche est plus connue \u00bb,<\/em> remarque Marie Martin.<\/p>\n

Les d\u00e9c\u00e8s professionnels ont bondi sous le premier quinquennat d\u2019Emmanuel Macron<\/h2>\n

Les JO parisiens n\u2019expliqueraient pas \u00e0 eux seuls une tendance plus g\u00e9n\u00e9rale. Alors qu\u2019en trente ans la mortalit\u00e9 au travail a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duite de moiti\u00e9, elle stagne depuis les ann\u00e9es 2000 avant d\u2019augmenter au cours des ann\u00e9es 2010, en particulier concernant les femmes. <\/p>\n

Par ailleurs, les maladies professionnelles ont plus que doubl\u00e9 en vingt ans. Une note r\u00e9cente de l\u2019Institut La Bo\u00e9tie, li\u00e9 \u00e0 la France insoumise, impute cette d\u00e9gradation aux politiques n\u00e9olib\u00e9rales \u00e0 l\u2019\u0153uvre depuis des d\u00e9cennies, men\u00e9es au pas de charge ces derni\u00e8res ann\u00e9es. <\/p>\n

De fait, les d\u00e9c\u00e8s professionnels ont bondi sous le premier quinquennat d\u2019Emmanuel Macron, passant de 530 d\u00e9c\u00e8s en 2017 \u00e0 738 (voire 903) en 2022. \u00ab Des chiffres jamais atteints au XXIe<\/sup> si\u00e8cle \u00bb<\/em>, rappelle Matthieu L\u00e9pine.<\/p>\n

Le premier ministre a sembl\u00e9 s\u2019en rendre compte lors de sa prise de fonction<\/a>. \u00ab On a trop d\u2019accidents au travail en France, on a trop de Fran\u00e7ais qui meurent au travail \u00bb<\/em>, r\u00e9it\u00e9rait Gabriel Attal sur le plateau JT de TF1 en mars dernier. <\/p>\n

Fin 2023, le minist\u00e8re du Travail avait lanc\u00e9 une campagne nationale de lutte contre la sinistralit\u00e9 au travail, relanc\u00e9 en mars avec un plan pour la pr\u00e9vention des accidents du travail graves et mortels. Les 157 morts depuis janvier d\u00e9montrent que ces campagnes n\u2019ont pas encore atteint leur but.<\/p>\n

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Aux c\u00f4t\u00e9s de celles et ceux qui luttent !<\/h2>\n

L\u2019urgence sociale, c\u2019est chaque jour la priorit\u00e9 de l\u2019Humanit\u00e9.<\/p>\n